Communistes libertaires de la CGT

Congrès des DRH le 12 octobre à Paris

jeudi 21 septembre 2017

Nous publions ici l’appel rendu public sur Médiapart pour une réponse militante au congrès des DRH qui se tient dans le luxueux restaurant du Pré Catelan dans le Bois de Boulogne. Et nous souhaitons plein succès aux initiatives qui se tiendront ce 12 octobre :

Pénicaud au Pré Catelan, le bois de Boulogne aux fainéants !

Les DRH des entreprises du CAC 40 invitent la ministre du travail Muriel Pénicaud, le 12 octobre prochain, à venir leur décrypter et commenter la réforme du Code du travail, au Pré Catelan, un restaurant trois étoiles du 15e arrondissement de Paris. Des intellectuels, artistes et syndicalistes proposent de s’y inviter en masse « pour ne pas subir le futur qu’ils nous préparent ».

Lorsque les DRH des entreprises du CAC 40 gueuletonnent ensemble, c’est évidemment au Pré Catelan, en plein XVIème arrondissement, au coeur du bois de Boulogne. Lorsqu’ils fêtent l’un des leurs, c’est évidemment Muriel Pénicaud, la « DRH de l’entreprise France » - comme ils disent -, celle qui renverse la table de tous les conservatismes avec sa pétaradante Loi Travail 2.

Donc, le 12 octobre prochain, au matin, à peine les ordonnances de la nouvelle loi Travail passées, les DRH des grandes entreprises françaises - ceux-là mêmes qui comptent nous faire trimer toujours plus dur pour des miettes toujours plus microscopiques - comptent se retrouver dans ce restaurant trois étoiles pour célébrer ce qu’ils considèrent d’avance comme leur victoire définitive sur les pauvres, loin des regards importuns qui suffisent à vous gâcher les petits fours. Comment ne pas songer à s’y inviter en masse ce jour-là, et à leur faire leur fête à eux aussi ? Est-il raisonnable de laisser les DRH d’Engie, Bouygues, Michelin, Société Générale, Carrefour, Air France, Canal +, Mac Donald, La Française des Jeux, La Poste, Renault, Orange, Carrefour, etc., méditer tranquillement les prochains coups qu’ils entendent nous porter, quand on sait que c’est en nombre de suicides, de « burn out », de dépressions, de démissions ou juste de malheur et de misère que se mesure, en règle générale, le succès de leurs stratégies RH innovantes ?

Il y a chez tout DRH quelque chose de spécialement détestable, et cela commence par le fait de feindre de se soucier des humains quand son seul souci porte en réalité sur leur soumission et leur rendement. L’exploitation n’aime pas qu’on l’appelle par son nom. Très tôt, dès les années 1930, elle a préféré que l’on parle de « Relations humaines » plutôt que d’« Organisation scientifique du travail », qui sentait trop la schlague. Les voici, un demi-siècle plus tard, métamorphosés en « directeurs des Ressources humaines » - des sortes de jardiniers de la jungle entrepreneuriale dont le seul souci serait de nous aider à réaliser notre potentiel, à nous libérer, à saisir les opportunités, à développer durablement notre capital humain. Ceux qui vous volent votre vie exigent en outre que vous les en remerciez, ne fût-ce que d’un sourire forcé. Vieux principe mafieux. Tout pouvoir s’installe sur un abus dénié.

Le raout du 12 octobre au Pré Catelan en présence de Muriel Pénicaud ne représente pas seulement un geste de folle arrogance, voire de provocation ; il a aussi quelque chose d’inédit. Car, depuis que Macron a pris l’appareil d’État, le monde de l’entreprise ne cache plus ses ambitions politiques. La présentation de l’événement en témoigne assez : la nouvelle donne politique « qui fait bouger les institutions et a bousculé l’ordre établi, nous invite à regarder du côté de l’entreprise. Car les parallèles sont nombreux, entre le management d’une organisation et le gouvernement d’un pays. Entre un collaborateur et un citoyen. Les observateurs ont ainsi considéré que la « start-up Macron » avait su merveilleusement jouer la carte du collectif, en pariant sur la créativité, l’adaptabilité et le sens. » Avec Macron, le monde de l’entreprise veut sa revanche historique. Il pense son heure venue et compte mener à son terme sa contre-révolution.

L’infime et pathétique classe des « managers » a toujours été cernée, en France, d’un mépris social et humain de chaque instant. Son idiome ridicule n’a jamais cessé de provoquer l’hilarité populaire. Ses formes de vie lamentables n’ont cessé de fournir, depuis plus de trente ans, une inépuisable matière aux sketchs des humoristes. Mais ce rire, souvent, nous est resté en travers de la gorge devant les dégâts humains. Depuis quelques mois, cette classe s’imagine qu’elle tient enfin les leviers du pouvoir, qu’elle a enfin droit de cité. Elle qui ne peut régner qu’à condition de rester claquemurée dans ses quelques quartiers bourgeois et désolés, elle qui ne peut croire disposer d’une humanité supérieure au motif qu’elle a fait des études supérieures qu’en s’enfermant dans son entre-soi doré, s’expose, et s’expose « politiquement ». Elle est prise de folie des grandeurs. Parce que l’un des siens est devenu président, elle s’imagine que le pays lui appartient. Parce que Macron est au pouvoir, elle se croit devenue hégémonique. Or Macron et son monde n’ont pour eux qu’une dérisoire fraction de la population que nul ne respecte. Le problème, en France, ce ne sont pas seulement les 1 % qui détiennent le capital, ce sont plutôt les 15 % qui leur obéissent inconditionnellement. Le problème politique central, ce sont tous ces « managers » et aspirants « managers » qui, non contents de gérer leur propre vie, entendent gérer celle des autres. La révolution que promeut Macron, et dont il s’est bien gardé de préciser la nature, n’est autre que la vieille « révolution managériale ». Dans sa démence, elle voudrait envoyer au rebut toutes les formes de vie qu’elle juge dépassées : ouvriers et paysans, artistes au RSA et fonctionnaires peu portés sur l’entrepreneuriat, chômeurs affamés et jeunes politisés, retraités trop peu dynamiques et pécheurs du dimanche, immigrés sans capital social et chercheurs sans débouché commercial. Leur nouveau monde de l’« agilité », de « l’entreprise libérée », du « collaborateur augmenté », de « l’intelligence collective » et de l’« innovation de rupture », nous sommes une écrasante majorité à n’en pas vouloir. Tout le monde, au fond, déteste l’entreprise. Organisons-nous pour ne pas subir le futur qu’ils nous préparent. Organisons-nous pour faire leur fête, le 12 octobre, aux DRH et à Pénicaud.

Première réunion publique à ce sujet vendredi prochain, le 22 septembre, à la Bourse du travail, salle Eugène Varlin, 3, rue du château d’Eau, à 18H.

Signataires : Ludivine Bantigny, historienne ; Jacqueline Balsan, Présidente du MNCP ; Jérôme Baschet, historien ; Eric Beynel, porte parole de Solidaires ; Philippe Borrel, réalisateur ; Annick Coupé, syndicaliste et altermondialiste ; Sylvain Creuzevault, metteur en scène ; Alain Damasio, écrivain, ; Alessi dell’Umbria, écrivain et cinéaste ; Laurence De Cock, historienne, militante pédagogique ; Bernard Friot, économiste ; Gérard Delteil, écrivain ; Sylvain George, cinéaste, écrivain, metteur en scène, ; Noël Godin, entarteur, écrivain et encyclopédiste ; Eddy Guilain, militant CGT ; Manu Haze, syndicaliste paysan ; Jean-Yves Lesage, CGT du Livre ; Daniele Linhart, sociologue ; Philippe Marlière, politiste ; Xavier Mathieu, Comédien ex Conti ; Gérard Mordillat, écrivain et cinéaste ; Ugo Palheta, sociologue ; Élisabeth Perceval et Nicolas Klotz, cinéastes ; Théo Roumier, syndicaliste Solidaires, Cahiers de réflexions Les Utopiques ; Yves Simon, syndiqué SNJ-CGT.

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