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CGT, CSI et CES : un discours de Sophie Binet

jeudi 24 juillet 2025

Les questions internationales ne sont, hélas, suivies que par une poignée de militants. C’est pourquoi nous faisons publicité de temps en temps aux documents publiés par la confédération sur ces sujets. Voici donc le texte du discours de Sophie Binet au congrès de la CGT-R, nos camarades de La Réunion. Un discours fort intéressant mais où se glisse une incroyable sortie sectaire qu’elle n’aurait pas osé faire à Paris :

"La CES est dirigée par Esther Lynch, une camarade irlandaise qui était à nos côtés à Paris ce 1er mai alors que seule la CGT appelait à manifester, comme durant la mobilisation contre la réforme des retraites"

Que cette pure bêtise ne vous empêche pas de lire l’intégralité du texte ! Faute d’informations suffisantes nous ne dirons rien de la crise interne évoquée par notre secrétaire générale.

Intervention de Sophie Binet au Congrès de la CGT R
12.07.2025 | Saint-Denis la Réunion

Chers camarades,
Je suis venue vous transmettre le soutien et la solidarité de l’ensemble de la CGT.
La réussite de votre congrès est très importante pour la confédération CGT comme pour l’ensemble des fédérations, et nous sommes très heureux de voir une CGT R qui débat franchement, mais toujours dans la bonne humeur, tout en sachant se rassembler après la mauvaise passe que vous avez traversée l’année dernière. Toutes mes félicitations à Jacky pour sa réélection. Au nom de toute la CGT, je tiens à
t’adresser un grand merci d’accepter ces responsabilités pour continuer la reconstruction de l’organisation. Vous avez la chance avec Jackie, d’avoir un secrétaire général droit et intègre, qui affronte les problèmes et qui donne des coups de pied dans la fourmilière pour faire progresser la CGT. Toutes mes félicitations pour votre beau congrès. Vous êtes maintenant en ordre de bataille pour regagner la 1ère place, la CFDT n’a qu’à bien se tenir !

La CGT a toujours défendu le droit à l’auto-détermination des peuples et dénoncé le colonialisme. C’est dans ce cadre que nous avons travaillé avec les CGT d’outre-mer pour que vous puissiez devenir des confédérations à part entière tout en conservant un lien organique permanent avec la CGT. Nous fêtons les 10 ans de notre accord d’association, et je constate, en écoutant vos débats, qu’il n’est pas encore
pleinement appliqué. Nous allons donc rappeler aux fédérations CGT qu’il est très important qu’elles amplifient le travail avec vous, à l’image de ce que font par exemple les fédérations de la construction et de la métallurgie dont les secrétaires généraux sont présents à votre congrès, mais qu’il faut aussi que l’ensemble des cotisations restent à la Réunion et qu’elles soient intégralement centralisées à la
CGT R.

J’ai écouté vos débats d’hier avec attention et je constate que le problème de La Réunion est malheureusement très simple. Ici, les salaires sont plus faibles qu’en métropole alors que les prix sont plus élevés. Pourquoi ? Parce que quelques entreprises sont en situation de monopole et peuvent faire leur loi. Elles peuvent
scotcher leurs salariés au Smic et bloquer l’application des conventions collectives en étant sûr que les travailleurs ne pourront pas aller trouver mieux ailleurs car elles sont les seuls employeurs. Elles peuvent museler leurs salarié.e.s en blacklistant celles et ceux qui osent faire grève ou se syndiquer et leur famille. Et elles peuvent fixer des prix très élevés en étant sûr que les consommateurs n’auront pas d’autre choix.

Pour la voiture, c’est GBH ou Caillé. Pour manger, GBH toujours et le groupe Excellence. Pour se soigner ou prendre en charge les anciens, c’est Clinifur. Pour équiper sa maison, c’est Ravate, pour les travaux publics c’est Colas alias GTOI, pour l’agriculture et la pêche c’est Sapmer, Marbour et Urcoopa… La Réunion est asphyxiée par une dizaine de familles qui détiennent tous les secteurs clés, volent les richesses que vous créez par votre travail. Ici les marges atteignent des records et la
délinquance en col blanc est la norme. C’est le groupe GBH qui refuse de publier ses comptes. C’est le groupe Excellence poursuivi pour fraude fiscale par le PNF. C’est le groupe Caillé, poursuivi pour favoritisme, corruption et trafic d’influence. Chez vous, il y a de quoi alimenter Elise Lucet et Cash investigation pendant au moins un an…

Et pourtant, de quoi parlent les médias, de quoi parlent de plus en plus de maires ? Des mahorais et des Comoriens. Comme dit le proverbe, quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt. Faire monter les polémiques sur l’insécurité en la liant avec l’immigration a une conséquence : cela fait diversion. Cela permet de détourner le regard du problème principal de votre île : cette économie coloniale. C’est
pour cela que nous martelons qu’il n’y a pas pire ennemi pour les travailleurs que l’extrême droite. L’extrême droite organise les divisions entre les travailleurs pour permettre au capital de pouvoir continuer à les exploiter en paix. Ici, à la Réunion, l’extrême droite pointe du doigt les mahorais. A Mayotte, l’extrême droite stigmatise les Comoriens. Et en métropole l’extrême droite salit toutes celles et ceux qui ne sont pas blancs. Et partout, l’extrême droite protège les patrons et les plus riches, en
refusant systématiquement de s’attaquer à l’inégale répartition des richesses.

La force de la CGT c’est de ne jamais tomber dans ce piège. Nous rassemblons tous les travailleurs et travailleuses, quel que soit leur couleur ou leur religion. Vous syndiquez les Réunionnais, les Mahorais et les métropolitains. La CGT Mayotte syndique les Mahorais comme les Comoriens. Et nous luttons, toutes et tous ensemble contre le capital. Nous pouvons être fiers de la magnifique solidarité que nous avons organisé après le cyclone Chido. Un immense bravo à vous, qui avez immédiatement réagi. Un
immense bravo aux dockers, qui tout de suite ont chargé des containers d’aide et ont refusé les scandaleuses taxes que voulaient nous imposer les armateurs !

Nous avons besoin de mieux nous unir et de nous coordonner encore mieux pour agir face au capital. La lutte des camarades de Renault montre l’exemple. Ils ont eu le courage d’affronter le groupe GBH pendant 13 jours et ils ont réussi à arracher 45€ d’augmentation de salaire. Bravo à elles et eux ! Il va maintenant falloir construire une coordination à l’échelle de GBH et gagner un comité de groupe avec les camarades des Antilles et de Mayotte pour avoir une vision globale de l’ensemble des profits de
GBH. Et pouvoir préparer un prochain conflit coordonné dans l’ensemble de GBH !

De même pour tous les groupes mafieux que vous affrontez, à commencer par GTOI/Colas ! Nos camarades Mahorais de Colas ont eu la force de faire 3 mois de grève face à un patron voyou qui leur a envoyé des milices cagoulées et armées, a remplacé les grévistes par des intérimaires et a réquisitionné tous les huissiers de l’île pour nous empêcher de constater ces graves infractions légales. Nos camarades ont repris le
travail la tête haute mais ils n’ont pas gagné. Ils se sont d’ores et déjà organisés pour faire payer à Colas son intransigeance et le patron pleurniche maintenant parce que les ouvriers travaillent au ralenti…MDR. Il faut maintenant se coordonner partout pour faire payer à Colas son passage en force, et pour organiser, quand nous vous serez prêts, quand les travailleurs et travailleuses l’auront décidé, une grève coordonnée à Colas Mayotte, la Réunion et en métropole !

J’ai entendu à plusieurs reprises hier que vous parliez de caisse de solidarité pour les grèves. N’oublions jamais que la première des solidarités, le point d’appui le plus important pour les travailleurs en grève, c’est quand la grève s’étend à d’autres secteurs, quand les patrons sont interpellés partout sur le conflit. Grâce aux mobilisations que vous avez construites, à la Réunion, mais aussi celles organisées par nos camarades aux Antilles, le gouvernement est enfin obligé d’annoncer des mesures contre la vie chère.

Le ministre Valls doit présenter dans les prochaines semaines un projet de loi contre la vie chère qui doit être soumis fin septembre au parlement. Nous avons besoin de nous coordonner pour enfin enterrer cette économie coloniale ! Cela signifie nous coordonner ensemble, avec les organisations CGT des outre-mer pour porter des propositions communes et agir sur les députés. Gagner par exemple
l’obligation de l’application des conventions collectives, des mesures pour démanteler les monopoles privés, un vrai système d’encadrement des prix et des loyers. Cela signifie surtout faire monter le rapport de force à l’automne sur les revendications CGT.

Fin août, nous tenons à Montreuil notre CCN de rentrée. Je vous propose de profiter de ce CCN pour faire une réunion avec toutes les CGT des DROM COM pour examiner les possibilités de propositions et d’actions communes à l’automne. La coordination de l’océan Indien que vous voulez renforcer avec les Malgaches, les Comoriens, les
Mauriciens et les Mahorais est très importante. Ces groupes qui vous volent vos ressources, GBH, Colas et cie, sont les mêmes que ceux qui exploitent les Malgaches, les Mauriciens et les Mahorais. Et la force de la CGT c’est de se donner les moyens d’unir les travailleuses et les travailleurs Réunionnais, Mahorais, Mauriciens, Malgaches et Comoriens face à ces profiteurs, alors que l’extrême droite et les
patrons organisent des mises en opposition identitaires.

La CGT fête cette année ses 130 ans, la CGT R ses 57 ans. Dès notre création, nous avons fait de l’internationalisme un principe fondamental. Parce qu’il y a 130 ans comme aujourd’hui, le capital pour pouvoir continuer à nous exploiter, ne se repose que sur une chose : la division des travailleurs et les guerres. C’est pour mieux rassembler les travailleurs et les travailleuses du monde qu’en 1995, la CGT
a quitté la FSM et contribué à la création de la CSI. Avec la fin de la guerre froide, nous avions besoin de construire une confédération internationale qui rassemble l’ensemble des travailleurs du monde et refuse les logiques de blocs. Une organisation qui rassemble l’ensemble des syndicats avec pour seule
condition l’indépendance vis-à-vis des gouvernements et du patronat.

Une organisation qui soit en capacité de dénoncer les atteintes au droit international commises par Trump comme par Poutine mais aussi les graves remises en cause du droit du travail et des libertés syndicales commises par Volodymir Zelenski. C’est ce que fait la CSI. A la CSI, nous militons avec nos organisations sœurs, la PFGTU
palestinienne, les syndicats indiens qui sont actuellement à la tête d’une grève de 200 millions de travailleurs, la CUT brésilienne, les commissions ouvrières espagnoles, la CGIL italienne, la FGTB belge, la COSATU sud-africaine, les syndicats argentins qui sont en lutte aujourd’hui contre Milei, les syndicats « rouges » avec qui nous nous sommes coordonnés pour créer la CSI mais aussi par exemple les syndicats américains mobilisés contre Trump qui sont tous à la CSI.

La CSI rassemble toutes les organisations avec lesquelles vous avez besoin de vous coordonner : les syndicats de Madagascar, de l’Ile Maurice, des Comores, et bien sûr nos camarades de Mayotte. La CSI rassemble 332 organisations syndicales présentes dans 163 pays et représentant 200 millions de travailleurs, elle rassemble large,
et vous imaginez donc que certains débats y sont très compliqués. Elle est loin d’être parfaite et nous ne sommes pas toujours satisfaits de ses positions, mais nous nous y battons et nous obtenons des résultats importants. Non seulement la CSI dénonce très clairement les crimes de guerre menés par le gouvernement israélien mais elle se bat pour gagner la reconnaissance de la Palestine et la relance d’un processus de paix sur la base de deux Etats. Grâce à la CSI, nous avons gagné en juin la reconnaissance de la Palestine par l’Organisation Internationale du Travail. C’est une étape très importante. Nous avons aussi gagné que la Confédération Européenne des Syndicats appelle la commission européenne à sanctionner Israël et le génocide actuellement en cours à Gaza. La CES est dirigée par Esther Lynch, une
camarade irlandaise qui était à nos côtés à Paris ce 1er mai alors que seule la CGT appelait à manifester, comme durant la mobilisation contre la réforme des retraites.

Camarades, comme syndicalistes nous le savons. Les belles paroles et les belles motions de solidarité, c’est facile mais cela ne change rien à la vie des travailleurs et des travailleuses. Nous sommes à la CSI et à la CES au niveau Européen car ce sont les organisations qui rassemblent le plus de travailleurs et qui pèsent au plan international. La CSI a gagné l’adoption de la première loi mondiale contre les
violences sexistes et sexuelles en 2019. Je faisais partie de la délégation qui a négocié à Genève, à l’OIT, en 2018 et 2019 et je peux témoigner de ce très beau combat intégralement mené par la CSI, tout comme celui qui a abouti cette année à l’adoption d’une convention OIT sur les risques chimiques. C’est la raison pour laquelle, lors de notre 54e congrès à Clermont Ferrand, lors du débat sur les affiliations
internationales, le vote des délégués a été très clair. 75% ont souhaité maintenir l’affiliaƟon de la CGT à la CSI.

Comme nous l’avions annoncé, le conclave s’est soldé par un échec. Pourquoi ? Parce que le gouvernement et le patronat se sont coordonnés pour en exclure la quesƟon centrale : les 64 ans. Pire, ils se sont associés pour tenter d’imposer de nouveaux reculs. Ils font miroiter de soi-disant avancées sur la pénibilité et les femmes, pour mieux dissimuler de gros reculs. Il suffit de faire les comptes. 5 à 10 000 personnes pourraient partir plus tôt pour cause de pénibilité, 30% des femmes pourraient avoir
1% d’augmentation de leur pension mais en contrepartie au moins 50 000 personnes devraient travailler 2 ans de plus alors qu’elles partent en carrière longue et les pensions des retraités seraient désindexées de l’inflation. Une énorme arnaque ! Pour la CGT, les choses sont claires : la démocratie doit être respectée, le gouvernement doit respecter la résolution votée par le parlement le 5 juin dernier, ou organiser un referendum !

Vous en avez parlé, le gouvernement Bayrou est en train de nous préparer des mauvais coups pour encore protéger les plus riches et les grandes entreprises qui ont vidé nos caisses. Ils nous coûtent un pognon de dingue ! Chaque année nous dépensons 211 Mds d’aides publiques pour les entreprises, notamment les plus grosses, et grâce à Emmanuel Macron les plus riches payent chaque année 73 Mds
d’impôts en moins ! Le Premier ministre va faire de premières annonces la semaine prochaine, mais nous savons d’ores et déjà que le budget des services publics va être rogné, notamment celui des hôpitaux, des collectivités territoriales et donc des Drom COM. Comme l’a dit une camarade hier, une année blanche ce n’est pas une année où il ne se passe rien, au contraire ! C’est une année de régression pour l’ensemble des travailleurs et des travailleuses, une année de baisse de tous les budgets, de baisse du salaire des fonctionnaires, de baisse des pensions des retraités, et de baisse de
toutes les aides sociales ! Et en plus de cela, le gouvernement veut nous voler le 1er mai et parle désormais de nous imposer une nouvelle réforme de l’assurance chômage !

Oui, vous avez bien entendu ! Macron a déjà imposé 4 réformes, plus de 1 millions de privés d’emplois ont vu les droits baisser et alors que les licenciements explosent ils veulent remttttre le couvert ! Ils n’ont vraiment honte de rien mais ils trouveront la CGT sur leur chemin. Nous allons, lors de notre CCN des 26 et 27 août
décider du processus d’action pour la rentrée et il va falloir mettre la mobilisation à l’ordre du jour pour fêter comme il se doit les 80 ans de la Sécurité sociale ! Non seulement nous avons réussi à enterrer la précédente réforme de l’assurance chômage, comme le gel des pensions et les 3 jours de carence qu’ils
voulaient imposer dans la fonction publique mais nous avons eu la tête des 2 premiers ministres qui portaient ces réformes, Attal et Barnier. Si Bayrou veut passer l’hiver, il a intérêt à changer de cap !

Camarades, pour finir, je tiens à vous remercier pour votre magnifique accueil. Jacky m’avait prévenue en mars, qu’il était impossible d’aller à Mayotte sans passer par la Réunion. Je ne l’ai pas écouté car je savais que je viendrai vous rencontrer en juillet. Quelle erreur ! Comme vous le savez Jacky ne lâche jamais rien. Quand nous nous sommes présentés à l’aéroport de Mayotte pour rentrer à Paris, on nous
a appris que notre vol était reporté… d’une semaine. Et Jacky a réussi à nous faire rentrer à Paris moyennant une escale de 24h à la Réunion. Votre secrétaire général arrive donc aussi à détourner des avions ! Chapeau l’artiste !

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